
Entre Héritage et Mémoire, la Vérité remonte toujours à la Surface
Disponible depuis le 1ᵉʳ septembre 2025, Assassin’s Creed: Forgotten Temple #04 est un scénario signé ARC et illustré par Tabii, publié chez Mana Books dans la collection éponyme, au prix de 23,95 $. Ce nouveau tome poursuit l’adaptation de l’univers d’Ubisoft sous un angle résolument narratif, où les cicatrices du passé se mêlent aux dilemmes du présent.
Depuis le début de la série, nous suivons Noa Kim, descendant d’Edward James Kenway, pirate et Assassin du XVIIIᵉ siècle. Grâce à l’Animus, une technologie permettant d’explorer les mémoires génétiques de ses ancêtres, Noa revit les souvenirs d’Edward dans sa quête d’un trésor légendaire lié à l’ordre des Templiers. Au fil des tomes, l’histoire a peu à peu quitté les simples affrontements de pirates pour plonger dans une lutte philosophique entre liberté et contrôle, entre vérité et illusion.
Les précédents volumes ont exploré tour à tour les intrigues politiques de Macao, les mystères enfouis dans les archives d’Edward, et la fracture mentale grandissante de Noa, pris au piège entre sa propre conscience et celle de son ancêtre.
Avec ce quatrième opus, la tension atteint un nouveau palier : l’héritage des Assassins ne se transmet plus seulement par le sang, mais aussi par le poids des souvenirs.
Quand la mémoire devient un champ de bataille
Alors que Noa Kim, toujours prisonnier d’Abstergo, se retrouve piégé entre la réalité et les fragments de mémoire de son ancêtre Edward Kenway, il met la main sur un carnet retrouvé à Macao détaillant les anciennes activités d’Edward — un carnet qui semble renfermer des indices encore jamais révélés.
Alors qu’il songe à fuir ces lieux, un combat éclate, le prenant par surprise. Deux inconnus surgissent pour tenter de l’aider à s’échapper des griffes d’Abstergo, mais Noa, fidèle à sa détermination, refuse leur aide. C’est alors qu’il entend une phrase qui va tout changer :
« Nous n’abandonnons pas notre famille. »
Ces mots vont s’ancrer dans son esprit et devenir le fil conducteur de la suite. Décidé à honorer son accord avec Abstergo afin de percer les mystères enfouis dans la mémoire d’Edward, Noa plonge une nouvelle fois dans l’Animus — pour revivre un pan oublié de la vie du célèbre pirate.
Ce qu’il ignore, c’est que cette phrase entendue est bien plus qu’un simple écho : elle représente les fondations de l’Union Zhang Wei, un lien entre les époques et les idéaux.
De son côté, Edward Kenway, rattrapé par ses démons, se voit offrir une seconde chance : reprendre la mer pour éliminer un groupe de pirates semant le chaos parmi les compagnies marchandes.
Et c’est avec l’aide inattendue d’une rencontre hors du commun qu’il embarque une dernière fois dans une aventure où la loyauté, la liberté et le sang vont de nouveau s’entremêler.
Quand le scénario trouve enfin son cap
Je vais être honnête avec vous : je ne m’attendais pas à ce que ce quatrième tome parvienne à redresser la barre avec autant de justesse. Après des débuts prometteurs mais hésitants, Assassin’s Creed: Forgotten Temple trouve enfin sa vitesse de croisière.
Le récit gagne en profondeur, la structure narrative est mieux maîtrisée et, pour une fois, la dualité entre Noa Kim et Edward Kenway prend tout son sens. L’un agit dans le présent, enfermé dans un labyrinthe de manipulations et de faux-semblants ; l’autre revit son passé, hanté par des choix qu’il ne pourra jamais effacer. Ces deux fils se croisent à la perfection — sans confusion, sans excès — dans une écriture plus rythmée, mieux équilibrée.
Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est la façon dont le scénario tisse ses révélations : les intrigues secondaires de Macao, les nouveaux alliés, les jeux de pouvoir entre marchands et corsaires… tout cela s’imbrique avec une cohérence surprenante. On sent enfin que l’auteur sait où il veut aller, et qu’il prend le temps de construire son univers au lieu de simplement recycler celui du jeu.
Il y a aussi, dans ce tome, une énergie nouvelle — plus maîtrisée, plus dramatique. Les dialogues ont gagné en authenticité, les transitions entre le monde réel et celui de l’Animus sont plus naturelles, et le tout dégage une tension constante qui ne retombe jamais.
Bref, pour la première fois depuis le début de la série, j’ai eu cette impression que le présent et le passé dansaient enfin ensemble, dans une harmonie à la fois tragique et élégante.
Quand les héritiers du passé reprennent le flambeau
S’il y a bien un point sur lequel Assassin’s Creed: Forgotten Temple #04 se distingue des précédents tomes, c’est dans la maturité de ses personnages.
Noa Kim, que l’on percevait d’abord comme un simple cobaye coincé dans les griffes d’Abstergo, prend enfin de l’ampleur. Son regard s’assombrit, ses décisions gagnent en poids, et l’on sent que les souvenirs d’Edward ne sont plus seulement des images héritées, mais des fragments qui façonnent son identité. Il n’est plus ce spectateur passif du passé : il devient un acteur conscient de son propre destin, tiraillé entre sa loyauté forcée et son désir de vérité.
De son côté, Edward Kenway reste fidèle à son image : charismatique, imprévisible, mais plus vulnérable qu’avant. On découvre chez lui une forme de sagesse teintée de remords, une humanité qui contraste avec la légende du pirate-assassin. Il agit encore avec la fougue d’un homme libre, mais son cœur semble désormais peser autant que sa lame.
Quant à Mitsuko Nakamura, directrice de l’équipe de recherche à la tête du projet Animus, elle se positionne désormais comme une alliée consciente des risques. Travaillant aux côtés de Noa, elle mesure les dangers liés à l’Animus et aux mémoires génétiques d’Edward Kenway. Son rôle est plus clair, plus affirmé : maintenir Noa en vie, préserver son esprit de la dérive mentale qui menace tous ceux qui plongent trop profondément dans le passé. Elle représente la raison au milieu du chaos, la rigueur scientifique face à la tentation de se perdre dans ses propres souvenirs.
Les mystérieux alliés rencontrés par Noa, eux, incarnent l’ambiguïté morale de cet univers : des sauveurs qui ne disent pas tout, des ennemis qui semblent vouloir protéger quelque chose de plus grand qu’eux.
Ce tome réussit là où plusieurs adaptations d’Assassin’s Creed échouent : donner à ses personnages une âme, des motivations humaines, et des zones grises qui rendent leurs choix crédibles. Plus que jamais, on a l’impression que chacun d’eux avance sur le fil du rasoir, conscient que la vérité qu’ils poursuivent pourrait bien les détruire.
Quand le style visuel vacille entre clarté et confusion
Je dois le reconnaître : sur le plan visuel, Assassin’s Creed: Forgotten Temple #04 reste fidèle à ce que la série a déjà établi. Tabii continue de livrer des planches bien structurées, avec un souci du détail appréciable dans les décors maritimes et les scènes de confrontation. Les expressions sont justes, la gestuelle est fluide, et les séquences d’action conservent cette lisibilité qui faisait déjà la force du tome 2.
Cependant, certains choix artistiques — notamment l’usage du flou numérique (“blur”) — persistent. On finit par s’y habituer à la longue, même si ces effets, censés accentuer la profondeur ou la vitesse, ont encore tendance à affaiblir l’impact émotionnel de certains passages clés. L’œil s’y fait, certes, mais on ne peut s’empêcher d’imaginer à quel point ces moments auraient gagné en intensité sans cette surcouche d’artifice visuel.
Malgré cela, il faut saluer la cohérence générale : les contrastes de lumière, les teintes froides liées à l’univers d’Abstergo et les couleurs plus chaudes du monde d’Edward créent une opposition claire entre réalité et mémoire. Le visuel devient un langage en soi — et même si tout n’est pas parfaitement maîtrisé, il réussit à maintenir l’esprit d’Assassin’s Creed : une épopée où l’ombre et la lumière se disputent chaque image.
Appréciation personnelle
Quand la mémoire devient un héritage à double tranchant
Ce quatrième tome d’Assassin’s Creed: Forgotten Temple m’a agréablement surpris par sa constance. Après un début de série inégal, je sens enfin que le récit trouve un rythme stable et une cohérence d’ensemble. Le scénario prend le temps de respirer, de poser ses personnages et d’exploiter la tension entre la mémoire et la réalité sans s’éparpiller dans des sous-intrigues inutiles.
Ce que j’ai particulièrement aimé ici, c’est la progression de Noa Kim : on le sent enfin impliqué dans son propre destin. Il n’est plus qu’un spectateur des souvenirs d’Edward, mais un véritable acteur de sa propre histoire. La collaboration avec Mitsuko ajoute une dimension plus humaine au récit, un rappel que derrière les expériences et les données, il y a des vies réelles qui vacillent à la frontière du contrôle et de la folie.
Ce qui m’a un peu moins convaincu, c’est la lenteur visuelle de certaines séquences — pas en termes de rythme narratif, mais plutôt de densité d’action. Quelques moments m’ont semblé plus contemplatifs que nécessaires, mais je reconnais aussi que c’est ce qui donne à cette œuvre son souffle introspectif. Et même si le style visuel reste parfois inégal, il réussit à conserver l’atmosphère propre à Assassin’s Creed : un mélange de mystère, de loyauté et de quête de sens.
En refermant ce tome, j’ai ressenti ce petit frisson propre aux bons récits : celui d’une histoire qui ne cherche plus à impressionner, mais à construire une continuité solide. Si la série continue sur cette lancée, elle pourrait bien atteindre une maturité narrative comparable à certaines de ses meilleures adaptations.
Verdict final
Un tome équilibré, mieux maîtrisé, où le passé et le présent s’entrechoquent avec justesse.
Merci à Interforum pour la copie du livre.

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