Développé par YACH, Telefantasy Studios, Noble Robot et édité par Panic, Blippo+ est l’exemple parfait de ce que l’on peut appeler un OVNI vidéoludique. Le titre ne cherche pas à séduire le joueur classique avec de l’action, des objectifs précis ou une progression linéaire, mais plutôt à proposer une expérience audiovisuelle radicalement différente. Ici, vous vous installez confortablement devant un poste de télévision… sauf que ce poste capte des signaux étranges venus tout droit de la planète Blip.

Les programmes que l’on découvre vont du soap opera intergalactique au talk-show surréaliste, en passant par des bulletins météo délirants ou des discussions philosophiques improbables sur la vie et la mort. Le ton est volontairement excentrique, souvent absurde, parfois inquiétant, et toujours teinté d’un humour décalé. On sent une volonté claire de brouiller la frontière entre art expérimental et jeu vidéo, créant une expérience qui n’existe nulle part ailleurs. Blippo+ ne veut pas plaire à tout le monde, et c’est précisément ce qui fait sa force: il ose proposer quelque chose de différent.

Gameplay
Le cœur du concept repose sur une mécanique toute simple: zapper entre les chaînes de télévision pour voir ce qu’elles diffusent. Chaque programme suit son propre rythme et apparaît en temps réel, un peu comme si l’on surfait réellement sur une vieille télé analogique. Contrairement à la majorité des jeux vidéo, il n’y a ni mission, ni système de points, ni combats à remporter. Le joueur devient avant tout spectateur, observant des fragments d’histoires qui s’entremêlent, parfois cohérents, parfois totalement absurdes.

Pourtant, il ne s’agit pas uniquement de regarder passivement. Certains programmes cachent des indices, des messages cryptés ou des détails qui alimentent une trame plus vaste. Le plaisir vient donc de l’observation et de la curiosité. Il faut accepter de se perdre dans cette avalanche d’images et de dialogues, et petit à petit, des liens se tissent entre les différents morceaux de contenu.

L’ambiance joue un rôle central dans cette immersion. L’équipe de Ghost Time Games a volontairement adopté un style rétro et analogique, donnant l’impression que l’on capte une chaîne pirate datant des années 80, mais venue d’un autre monde. La bande-son, signée Rob Kieswetter et Jona Bechtolt (du groupe YACHT), accentue encore ce sentiment étrange, entre jingles volontairement kitsch et musiques hypnotiques. Chaque détail sonore et visuel est pensé pour renforcer la sensation d’être devant une télé venue d’ailleurs.

Univers
Blippo+ est en réalité une évolution d’un projet déjà existant sur la console Playdate, une petite machine monochrome équipée d’une manivelle. Sur cette première version, l’expérience était minimaliste, presque brute, mais avait déjà marqué les esprits par son originalité. La mouture PC et Nintendo Switch va beaucoup plus loin, en ajoutant la couleur, une interface plus lisible et surtout un guide des programmes qui aide à naviguer dans ce chaos contrôlé.

Un autre ajout intéressant est la possibilité de voyager entre différentes “semaines de diffusion”. Cela permet non seulement de revoir des émissions manquées, mais aussi de découvrir des variantes ou des détails qui auraient pu passer inaperçus. En avançant, on découvre que derrière les talk-shows absurdes et les bulletins météo délirants se cache une narration éclatée. Des messages codés, des pages de forums “Femtofax” et des indices éparpillés laissent entrevoir une intrigue plus profonde, même si elle reste volontairement mystérieuse.

Cet aspect “puzzle narratif” est l’un des points les plus intrigants du jeu. Contrairement à une histoire linéaire qui vous prend par la main, Blippo+ demande de l’attention et de la patience. On assemble peu à peu des morceaux de récits, des conversations étranges, des réflexions philosophiques, et on commence à deviner une logique interne à cet univers. C’est déstabilisant, mais aussi fascinant pour ceux qui aiment s’immerger dans une œuvre qui ne livre pas toutes ses clés immédiatement.

Conclusion
Il est important de le souligner : Blippo+ n’est pas un jeu qui plaira à tout le monde. Son rythme volontairement lent, son interactivité limitée et son ton surréaliste risquent de dérouter, voire de lasser les joueurs habitués à des expériences plus classiques. Mais c’est aussi ce qui en fait une proposition unique. Pour qui est prêt à se laisser surprendre, à observer, à réfléchir et à accepter l’étrangeté, le titre de Ghost Time Games est une véritable curiosité artistique.

J’ai personnellement apprécié son audace et son ambiance hors norme. Au début, je n’étais pas certain d’accrocher, car ce type d’expérience est loin d’être dans mes cordes et je préfère habituellement des jeux plus structurés. Pourtant, Blippo+ a réussi à me surprendre par son originalité. On a parfois l’impression de participer à une expérience télévisuelle expérimentale, et d’autres fois de simplement zapper au hasard dans un monde absurde. Ce mélange d’hypnose et de perplexité peut frustrer, mais il marque les esprits, et peu de jeux peuvent en dire autant.

En résumé, si vous recherchez un titre qui sort totalement des sentiers battus, Blippo+ mérite votre attention. Il ne remplacera pas vos jeux d’action ou vos simulations préférées, mais il peut offrir une expérience mémorable, à la frontière du jeu et de l’art vidéo. Bonne nouvelle : en plus d’être disponible sur PC via Steam, le jeu sortira également sur Nintendo Switch à partir du 23 septembre 2025. Une belle occasion pour les curieux de découvrir cette télévision venue d’ailleurs, confortablement installés dans leur salon ou en mode portable.

Merci à Panic pour la copie du jeu

Pour se procurer le jeu, c’est ici.

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