Depuis sa naissance en 2007, Assassin’s Creed s’est imposée comme une franchise incontournable du jeu vidéo. Avec ses mondes ouverts somptueux, ses intrigues historiques audacieuses et son gameplay mêlant infiltration, exploration et action, la série d’Ubisoft a su séduire des millions de joueurs à travers le monde. Pourtant, derrière ce succès commercial se cache une évolution complexe, parfois contradictoire, qui soulève une question essentielle : Assassin’s Creed est-elle encore fidèle à elle-même?


Une sensation historique sans équivalent

L’un des piliers de la saga est son ancrage dans l’Histoire. Chaque opus nous plonge dans une époque différente : la Troisième Croisade avec Altaïr, la Renaissance italienne avec Ezio, la Révolution américaine avec Connor, ou encore l’Égypte antique avec Bayek. Ubisoft a su créer des environnements d’une richesse visuelle et culturelle impressionnante, souvent salués pour leur fidélité aux faits historiques et leur souci du détail.

Mais cette fidélité est parfois mise à mal par des choix narratifs discutables. Le cas récent de Assassin’s Creed Shadows, qui met en scène Yasuke, un samouraï noir dans le Japon féodal, a suscité une vive controverse. Bien que Yasuke ait réellement existé, son rôle dans le jeu soulève des questions sur la manière dont Ubisoft réinterprète l’Histoire. Faut-il privilégier la diversité et l’inclusivité au détriment de la vraisemblance historique? Ou peut-on considérer que le jeu vidéo, en tant que média artistique, a le droit de prendre des libertés pour raconter une histoire plus universelle?


Une formule qui s’est transformée… pour le meilleur et pour le pire

Les premiers Assassin’s Creed reposaient sur une mécanique bien définie : infiltration, assassinat ciblé, parkour fluide et narration centrée sur la lutte entre Assassins et Templiers. Cette formule a atteint son apogée avec la trilogie d’Ezio Auditore, qui reste pour beaucoup le sommet de la saga.

Mais à partir de Origins (2017), Ubisoft a opéré un virage vers le RPG, avec des mondes plus vastes, des quêtes secondaires à foison et une progression basée sur l’expérience et l’équipement. Si cette évolution a permis de renouveler la formule et d’attirer un nouveau public, elle a aussi dilué l’identité originelle de la série. L’infiltration est devenue secondaire, les assassinats moins marquants, et la narration principale souvent noyée dans des dizaines d’heures de contenu annexe.

Certains fans regrettent cette transformation, y voyant une perte de ce qui faisait le charme d’Assassin’s Creed : une aventure centrée sur la discrétion, la stratégie et la philosophie des Assassins. D’autres saluent au contraire cette mue, estimant que la série a gagné en profondeur et en liberté.


Une expansion transmedia… mais à quel prix?

Ubisoft ne s’est pas contenté de développer des jeux. La franchise s’est étendue à des romans, des bandes dessinées, des mangas, et même un film en 2016, porté par Michael Fassbender. Ce dernier, malgré un budget conséquent et une ambition affichée, a été un échec critique et commercial. Trop confus, trop éloigné de l’esprit des jeux, il a montré les limites de l’adaptation d’un univers aussi complexe.

Une série Netflix est en préparation, et les fans espèrent qu’elle saura mieux capturer l’essence de la saga. Mais cette expansion tous azimuts soulève une autre question : Assassin’s Creed est-elle devenue une marque avant d’être une œuvre ? À force de vouloir toucher tous les publics, Ubisoft risque de perdre ce qui faisait la singularité de sa création.


Une saga en quête de sens

Au-delà des polémiques et des évolutions de gameplay, Assassin’s Creed reste une œuvre fascinante. Elle interroge notre rapport à l’Histoire, à la mémoire, à la liberté. Elle nous invite à réfléchir sur les luttes idéologiques, sur le pouvoir et la vérité. Même si certains épisodes sont moins marquants, la série conserve une ambition narrative rare dans le monde du jeu vidéo.

Mais pour continuer à séduire, elle devra trouver un équilibre entre innovation et fidélité. Revenir à ses racines sans renier ses progrès. Offrir des expériences riches, mais cohérentes. Car au fond, ce que les joueurs attendent, ce n’est pas seulement un monde ouvert spectaculaire, mais une aventure qui a du sens.

Assassin’s Creed est une saga qui a grandi, évolué, parfois trébuché, mais qui continue de chercher sa voie. Et c’est peut-être cette quête, plus que tout, qui la rend si humaine… et si captivante.

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