Les débuts prometteurs d’une nouvelle collaboration
Ce premier tome du manga Le Royaume d’Orcsen est le début d’une série issue de notre bien-aimé puit ininterrompu de créations qu’est le Japon. Bien que le tome 1 (174 pages) soit paru le 28 août 2025 en Europe (prévu pour octobre au Québec) et distribué par les Éditions Komikku, ce manga est en élaboration depuis 2024 au Pays du Soleil Levant, avec 4 tomes déjà publiés. Venons-en à présent à ceux qui ont rendu ce manga possible. Tout d’abord, le dessinateur, Takeshi Nogami, un mangaka et character designer déjà présent dans le monde du manga. Selon les recherches, il aurait principalement travaillé dans le monde des animés et collaboré sur deux séries de mangas. Il s’agit de sa première collaboration avec le scénariste Kyouichirou Tarumi. En effet, ce dernier débute tout juste comme scénariste de mangas, en binôme avec un dessinateur déjà expérimenté. Mais qui sait, peut-être a-t-il déjà publié sous un pseudonyme, ce ne serait pas la première fois qu’un scénariste le ferait…

Quand la dark fantasy s’invite en Europe
Comme première critique écrite depuis la Suisse, je ne pouvais pas mieux tomber, pour débuter, avec ce manga qui s’invite dans une sorte d’Europe aux multiples dimensions historiques et linguistiques qui nous sont bien connues. L’univers du Royaume d’Orcsen est posé relativement vite et l’on comprend rapidement les enjeux politiques que le scénariste nous pose dans les premières pages.

Tout commence au Pays d’Elfind avec la tribu des Elfes du Jour qui ont pour ambition d’éradiquer la tribu des Elfes de la Nuit, procédant méthodiquement à une purge ethnique. Proche du Pays d’Elfind, on retrouve le Royaume d’Orcsen, gouvernée par le roi Gustave Falkenhayn. La capitale de ce pays est la bien nommée Wildschwein, terme qui veut littéralement dire sanglier en allemand.

Ceci me permet de faire une transition sur la langue parlée au sein du Royaume d’Orcsen: le bas orque. Bien que le scénario ait été traduit en français, certains termes sont utilisés en allemand, pour simuler le bas orque. Je me demande à quel point, dans l’œuvre originale, l’allemand a pu être utilisé ou s’il s’agit d’une fantaisie de la traduction française. Mais l’utilisation de termes allemands, comme Mein König, nous donne une dimension plus profonde de l’univers.

Dirigeons-nous maintenant dans l’univers que le dessinateur veut nous faire découvrir. La capitale, Wildschwein, est une cité qui reprend les traits architecturaux de certaines de nos villes de Suisse, comme Bâle ou Berne, ou d’Allemagne, comme la bourgade bavaroise de Ludwigsburg. C’est assez déroutant de se retrouver, d’un coup de crayon fait au Japon, dans un environnement que je ne connais que trop bien et qui n’est pas loin de chez moi.

Dinéluth Andariel, l’amazone des Elfes de la Nuit
Comme je l’ai déjà évoqué plus haut, nous sommes face à un combat entre les Elfes du Jour et les Elfes de la Nuit. La protagoniste, Dinéluth Andariel est issue de la tribu qui est en train de se faire éradiquer, celle des Elfes de la Nuit, dont elle est la cheffe. C’est une combattante qui veut trouver le moyen de sauver ce qu’il reste de ses pairs et stopper cette guerre interminable, dont seule une tribu en sortira vainqueur. Proche d’une mort certaine, elle est sauvée de justesse par le roi d’Orcsen, Gustave Falkenhayn, à qui elle prêtera allégeance.

Gustave Falkenhayn, Roi d’Orcsen – Orque répugnant ou parfait gentleman
Que dire du roi, en résumé: un orque ! Quand vous pensez orque, vous pensez certainement à des êtres hideux et dégoûtants que l’on connait bien dans l’univers fantasy. Le peuple des Elfes décrit les orques comme des êtres répugnants, vicieux, incivilisés et cannibales lorsqu’ils sont affamés. Donc je vous laisse imaginer la rencontre entre le Roi d’Orcsen, Gustave Falkenhayn, et la cheffe des Elfes de la Nuit, Dinéluth Andariel. Et bien, détrompez vous ! Surprise, on se retrouve avec l’opposé du stéréotype de l’orque. Ce sont ici des êtres civilisés, polis, bien habillés, possédant des logements bien entretenus et même certains sont dotés de redoutables compétences culinaires. Ceci est à l’image de leur capitale, une ville magnifiquement construite.

Mais n’oublions pas qu’avant d’être un parfait gentleman, Gustave est un roi. Un roi qui a des ambitions pour son royaume, notamment des ambitions de conquête de territoires.

Décor posé, protagonistes présentés: quels autres pions sur le champ de bataille ?
Vous présenter en détail les personnages secondaires serait vous spoiler l’entière découverte de ce premier tome. Toutefois, je me permets une petite immersion dans l’univers. Comme vous l’avez compris, nous avons d’un côté Dinéluth, la cheffe des Elfes de la Nuit, qui veut sauver sa population d’une extermination quasi certaine. D’un autre côté, nous avons le Roi d’Orcsen, Gustave Falkenhayn qui a sauvé notre elfe et qui a des ambitions de conquêtes de territoires. Comme 1 et 1 font 2, une guerre est en train de se préparer. Vous y découvrirez une partie de l’état-major militaire du Royaume d’Orcsen. La seule chose que je puisse vous dire, cette équipe est très… étrange ! Tant du point de vue des races qui la composent que de leurs appellations. Et d’un point de vue purement militaire, l’articulation des troupes est tout à fait crédible…

Sombre vous dites ? Si peu…
Si l’on résume ce que je vous ai dévoilé, on est dans un univers dark fantasy avec une ambiance très sombre. Outre l’utilisation de la langue allemande comme caractéristique de la population des orques, les uniformes militaires sont fortements inspirés des guerres prussiennes du 19ème siècle avec de fortes touches faisant penser aux uniformes allemands de la seconde guerre mondiale. Ce côté sombre est très accentué par rapport aux parallèles que l’on peut faire avec l’histoire européenne et qui est inscrite dans notre ADN. Etant né sur ce continent, j’y suis peut-être un peu plus sensible que d’autres. Cependant, l’utilisation de ces analogies visuelles et verbales nous plonge encore plus dans la guerre qui va faire rage dans cette série.

Côté visuel et scénario ?
On est malheureusement face à un scénario qui est assez pauvre en termes de contenu. Le scénariste est doté d’une bonne créativité, il a de l’idée, ça se laisse aisément lire, mais ça manque un peu de profondeur… c’est un peu comme si vous compariez un café de la grande distribution de celui torréfié de manière artisanalement, ça peut être bon mais ça pourrait être meilleur. Et c’est ici que le dessinateur vient sauver le scénariste.

On remarque son expérience comme mangaka et character designer. Son coup de crayon et sa visualisation nous emmènent exactement dans la bonne ambiance. On peut profiter de son travail sur plusieurs planches où il n’y a parfois aucun scénario et c’est là que son art prend encore plus toute son ampleur.

Et finalement ?
Bon, on n’est clairement pas sur la perle manga qui détrônera des institutions comme Death Note. Ce premier tome se laisse lire et annonce malgré tout un début prometteur si le scénariste y donne plus de profondeur. Bien que parfois simpliste, l’immersion au Royaume d’Orcsen est bien amenée et l’histoire intéressante. Je vais me laisser surprendre et me réjouis, avec beaucoup d’attente, de découvrir le tome 2 qui paraîtra en Europe le 13 novembre 2025.

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