Bonjour à tous, ici Thibni, votre fidèle sous-fifre attitré du Dieu Geek, prêt à vous faire replonger dans l’obscurité délicieusement troublante de Call of the Night. Aujourd’hui, c’est le Tome 5 qui passe sous ma loupe nocturne, et laissez-moi vous dire que les choses se corsent doucement, mais dangereusement. Publié chez Kurokawa et distribué au Québec depuis le 30 juin 2023, ce cinquième volume signé Kotoyama (toujours aussi habile avec ses silences que ses coups de canines) nous propose 185 pages d’étrangeté, de tentation et de remises en question existentielles.

La série, qui oscille entre le shônen d’introspection et la comédie romantique gothique, continue d’explorer son univers à travers les pas hésitants de Kô Yamori, 14 ans, qui doit désormais affronter des vérités plus tranchantes que des crocs dans la gorge.

Synopsis
Dans ce cinquième tome, les nuits se font plus denses, et les vérités qu’on croyait silencieuses commencent à parler — parfois trop fort, parfois juste assez pour semer le doute. Kô Yamori poursuit son étrange errance aux côtés de Nazuna et de son cercle nocturne, qui ne cesse de s’agrandir. Alors que les lignes se tissent afin de définir d’avantage le mal et le bien en rapport a ce que représente les Vampires pour les humains, une humaine en particulier cherche a tuer les Vampires. Pour protéger les humains, cette dernière prendra de grand recours, quitte à appeler la police pour enfreindre à la liberté de Kô. Celui-ci sera donc confronté à une série de choix qui démontreront qu’il n’y a pas de décision sans répercussion. Que choisira-t’il? Et comment est-ce que Nazuna se positionnera en rapport à la décision que Kô doit prendre. Tomber amoureux pour devenir un Vampire et subir tous les changements que ceux-ci peuvent avoir sur sa vie, ou décider de rester humain et s’ouvrir à la conséquence de la menace des Vampires: Aucun humain ne peut en connaître l’existence…

Le murmure sous la surface
L’histoire continue de se tisser avec une finesse presque imperceptible, à la manière d’un fil de soie tendu entre deux vérités : celle qu’on dit, et celle qu’on tait. Ce cinquième tome s’inscrit dans cette douce continuité où les événements ne crient pas, ils chuchotent. Mais leurs échos, eux, résonnent longtemps après la lecture.

Le rythme reste fluide, presque paisible, mais ponctué de remous subtils qui viennent troubler les eaux calmes. Ce n’est pas une violence de coups ou de cris, c’est une tension de silences. Une pression intérieure qui s’accumule à travers les regards, les absences de réponses, les gestes à demi commencés. Chaque personnage gagne en densité. Des voix nouvelles s’invitent dans le récit, apportant avec elles leur propre poids, leur propre mystère. Elles ne viennent pas bouleverser le cours du fleuve, mais elles le détournent, lentement, imperceptiblement, vers une direction plus trouble, plus intime.

La narration, fidèle à elle-même, agit comme une boussole mélancolique : elle ne nous impose pas de destination, mais nous suggère des routes. Elle nous accompagne avec délicatesse, laissant à chaque lecteur la liberté d’interpréter les intentions, de deviner les blessures, de ressentir ce que même les personnages ne savent pas encore dire.

Des ombres qui parlent à nos silences
Ce cinquième tome continue de faire briller la force tranquille de Call of the Night : ses personnages. Pas d’antagoniste au sens traditionnel. Pas de héros flamboyant ou de méchant machiavélique.
Seulement des êtres humains (et des vampires) qui avancent à tâtons, chacun prisonnier de ses contradictions, chacun guidé par un besoin qu’il comprend à peine.

Kô Yamori, malgré sa jeunesse, reste d’une étonnante lucidité émotionnelle. Ce n’est pas un adolescent « fort » ou « courageux », mais il est vrai, perméable à tout ce qu’il ressent. Il ne cherche pas tant à devenir vampire qu’à trouver un endroit où il peut simplement exister sans se trahir. Et c’est là que son lien avec Nazuna devient fascinant: non pas une romance flamboyante, mais une forme de complicité déséquilibrée où chacun découvre un bout de soi-même dans l’autre, parfois à son insu.

Nazuna, elle, demeure une énigme volontairement floue. Détachée, moqueuse, souvent provocante… et pourtant, ses silences, ses fuites, trahissent autre chose. Un passé ? Une peur ? Un refus d’aimer ? Peut-être tout cela à la fois. Et ce tome commence justement à craqueler ce masque d’indifférence, révélant des émotions inattendues, même si elles ne sont pas encore dites à voix haute.

Les personnages secondaires s’installent lentement, mais chacun d’eux agit comme un miroir déformant, une proposition.
Ils incarnent une vision du monde: accepter sa solitude, vivre dans le mensonge, rejeter les règles, se fondre dans la normalité, fuir ses responsabilités… Call of the Night ne crée pas d’archétypes, il les dissout. Même ceux qui pourraient sembler clichés au départ (l’ami d’enfance, la mystérieuse femme fatale, la figure autoritaire) finissent par révéler une complexité douce, subtile, mais bien réelle. Ce sont des personnages qui prennent le temps de naître. Et ce tome 5, plus que les précédents, laisse deviner que certains d’entre eux sont sur le point d’éclore.

Quand le silence parle plus fort que les crocs
Ce cinquième tome continue de creuser les sillons émotionnels esquissés dans les précédents volumes, mais avec une profondeur nouvelle. On y explore plus intimement les conséquences du désir, les zones grises entre l’attirance et la peur, et ce moment crucial où les intentions deviennent plus importantes que les actes. Des thèmes comme l’acceptation, l’ambivalence du lien, la pression sociale silencieuse prennent de l’ampleur, tout en gardant cette légèreté étrange propre à Call of the Night.

Ici, les non-dits deviennent presque des personnages à part entière. L’œuvre nous pousse à réfléchir sur les limites du libre arbitre, sur la frontière ténue entre se sentir libre… et se convaincre qu’on l’est.
Et comme toujours, tout cela se joue dans un murmure de nuit, jamais dans un cri.

Quand l’émotion perce la brume
Ce que j’ai particulièrement apprécié dans ce cinquième tome, c’est l’approfondissement des états émotionnels, ces moments suspendus entre ce que l’on ressent et ce que l’on ose admettre. L’histoire continue de tisser une toile de vérités amplifiées, où le danger n’est plus seulement une menace extérieure, mais une tension intérieure, un malaise qui s’insinue dans les dialogues, dans les regards, dans les silences.

J’ai été frappé par la finesse avec laquelle les personnages manœuvrent, que ce soit pour contourner une vérité, manipuler une impression, ou simplement éviter de faire face à leurs propres désirs.
Et pourtant… au cœur de cette complexité, chaque vampire nous renvoie à une humanité troublante. Ce ne sont pas des monstres sans cœur: ce sont des êtres marqués, souvent perdus, parfois même attendrissants. Ce tome nous rappelle que la nuit est autant un refuge qu’un révélateur, et que les ténèbres ne cachent pas toujours les vérités : parfois, elles les font mieux ressortir.

Pour les âmes qui errent sans bruit
Pour moi, Call of the Night n’est pas un manga à lire pour l’action ou les rebondissements frénétiques. Autant que ce n’est pas mon style traditionnel de lecture, je trouve qu’il s’adresse à ceux et celles qui aiment s’abandonner à l’introspection, à ceux qui comprennent le poids d’un silence, la force d’un regard, ou l’amertume d’un désir qui ne se dit pas à voix haute. En d’autre mots, c’est une œuvre pour les rêveurs nocturnes, les solitaires bienveillants, les cœurs discrets, et tous ceux qui ont déjà ressenti que la nuit pouvait offrir une forme de vérité que le jour ne permettait pas. Ce cinquième tome approfondit les doutes, les connexions, et les lignes floues entre sentiments humains et instincts vampiriques — sans jamais trancher, mais en laissant au lecteur le soin de ressentir pleinement.

Merci à Interforum pour la copie du livre.

Pour se procurer le manga, c’est ici.

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