
Quand les coulisses de la création deviennent un chaos à savourer
La série The Studio, diffusée sur Apple TV, nous plonge dans le quotidien aussi hilarant que chaotique d’une maison de production fictive qui tente de survivre à l’ère post-streaming. Entre crises de financement, guerres d’ego et idées farfelues de scénarios, la série suit principalement Matt Remick, un ancien réalisateur idéaliste devenu producteur exécutif désabusé. Autour de lui gravite un éventail de personnages tout aussi colorés : son meilleur ami qui le sort des situations les plus catastrophiques, une directrice marketing obnubilée par les tendances des réseaux sociaux et d’une panoplie d’auteurs dont les idées absurdes flirtent constamment avec le génie… ou le ridicule.
Une distribution cinq étoiles et des caméos surprenants
L’un des attraits majeurs de The Studio réside dans sa distribution remarquable. Seth Rogen incarne son rôle avec une justesse oscillant entre la résignation comique et la panique existentielle.
Mais la série ne serait pas aussi mémorable sans ses nombreux caméos. Martin Scorsese joue son propre rôle dans une séquence surréaliste où il se fait convaincre de prendre les rennes sur un projet de film lié au personnage de Kool-Aid . Ron Howard de son côté, dirige un film d’action dont la vedette est Anthony Mackie. Cependant, la 2e partie du film devient extrêmement dramatique et ennuyante. Qui trouvera le courage de lui dire? Tant qu’à lui, Ice Cube doit aider à décortiquer si la distribution d’un film est raciste ou non. Ces apparitions, bien que brèves, ajoutent un délicieux grain de folie à l’ensemble, tout en soulignant le regard critique que la série porte sur l’industrie de nos jours.

Des honneurs mérités et une maîtrise technique impressionnante
Déjà nominée dans 23 catégories aux prochains Emmy Awards, The Studio ne vole pas sa reconnaissance. En plus de sa nomination dans la catégorie Meilleure comédie, la série a récolté plusieurs autres distinctions : Meilleur acteur principal, Meilleure réalisation et Meilleur scénario pour Seth Rogen ; Meilleur acteur dans un second rôle pour Ike Barinholtz ; et Meilleure actrice dans un second rôle pour Kathryn Hahn et Catherine O’Hara. Elle a également remporté cinq des six nominations dans la catégorie Meilleur acteur invité, incluant une première nomination pour Martin Scorsese et Ron Howard, ainsi que des mentions pour Bryan Cranston, Dave Franco et Anthony Mackie. Zoë Kravitz a aussi été nommée dans la catégorie Meilleure actrice invitée.

Chaque épisode regorge de trouvailles visuelles et narratives, et le travail de direction artistique est à saluer. On pense notamment à des épisodes dont les segments sont entièrement filmé en onetake (plan-séquence). Ce qui a pour effet de capturer en temps réel une journée de chaos absolu sans jamais perdre le spectateur. Ce tour de force technique s’allie à une mise en scène audacieuse, qui n’a pas peur de jouer avec le silence, les regards, et même les interruptions de dialogues.
La trame musicale, soigneusement sélectionnée, mérite elle aussi une mention spéciale. Chaque titre semble avoir été choisi avec soin pour accentuer aussi bien le comique que le malaise haletant. Ce genre de contraste parfois absurde, renforce parfaitement l’identité unique de la série.

Une comédie anxiogène et étrangement réconfortante
Ce que j’ai le plus aimé dans The Studio, c’est sa capacité à me faire rire, souvent à gorge déployée, malgré la tension constante qui habite chaque épisode. Il y a une forme d’anxiété omniprésente : les personnages courent toujours après le temps, l’argent, ou l’approbation d’un algorithme. Pourtant, cette nervosité devient si poussée, si ridicule, qu’elle finit par se transformer en humour pur.

La série excelle dans l’art du malaise assumé. On pense aux erreurs techniques monumentales pendant les tournages ou encore aux discussions de notes absurdes avec des cadres qui n’ont jamais vu un film de leur vie. Mais loin de simplement se moquer, la série propose une satire attachante, presque tendre, sur les gens qui tentent, envers et contre tout, de créer quelque chose de beau dans un monde cynique.
The Studio est définitivement une perle rare : brillante, drôle, techniquement impeccable et profondément humaine. Elle a su capter mon attention dès le premier épisode et ne m’a jamais laissé indifférent. Un must pour quiconque a déjà travaillé dans le milieu créatif… ou a simplement envie de rire du désespoir collectif de ceux qui y travaillent.

Pour écouter la série, c’est ici.


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