
Depuis le début des années 2000, les médias de la culture geek sont saturés de récits post-apocalyptiques et de simulations de survie. Cela fait plaisir à plusieurs, mais vient tapper un peu sur les nerfs des autres. Par contre, voici un jeu qui saura attirer votre attention malgré sa thématique souvent abusé. The Alters parvient à imposer une voix singulière malgré la foule de produits liés au survivalisme. Développé par 11 bit studios (à qui l’on doit déjà This War of Mine et Frostpunk), le jeu combine une histoire puissante, un gameplay audacieux et une réflexion profonde sur l’identité et le libre arbitre. Dans cette odyssée futuriste, chaque décision pèse lourd, non seulement sur votre survie, mais sur ce que vous choisissez de devenir.
Un crash, une planète hostile… et vous-même en plusieurs exemplaires
Vous incarnez Jan Dolski, un technicien ordinaire propulsé dans une situation extraordinaire. Seul survivant d’une mission spatiale, il s’écrase sur une planète toxique et instable, balayée régulièrement par des radiations solaires meurtrières. Loin des clichés du héros d’action, Jan est vulnérable, brisé, et conscient de ses limites. Pour s’en sortir, il ne peut compter que sur une technologie expérimentale, le Rapidium, qui lui permet de créer des Alters : des versions alternatives de lui-même, issues de décisions différentes prises à des moments-clés de son passé stockés dans des capsules mémorielles.
Chaque Alter est une variation authentique de Jan, dotée d’une personnalité, d’un vécu et de compétences distinctes. Un Jan ayant choisi de poursuivre une carrière scientifique plutôt qu’ingénieure devient ainsi un atout indispensable pour la recherche. Un autre, plus empathique ou plus bourru, peut créer des tensions ou tisser des alliances. Le jeu vous pousse donc à explorer non seulement un monde extérieur dangereux, mais aussi la psyché fragmentée du personnage principal.

Une base mobile comme théâtre de survie et de drames humains
Votre sanctuaire est une base roulante à la Snowpiercer, que vous pouvez améliorer pièce par pièce : laboratoires, dortoirs, salles mécaniques, etc. Chaque module a une fonction essentielle, et l’équilibre fragile de cette micro-société dépend de vos choix. Doit-on privilégier un atelier pour fabriquer de nouveaux outils ou une salle de repos pour soulager les tensions entre les Alters ? Chaque ressource est comptée, chaque amélioration a un coût, et vous ne pourrez jamais tout faire à la fois.
Le jeu vous met également au défi de gérer les relations humaines. Les Alters ne sont pas de simples clones dociles. Ils ressentent, se souviennent, doutent. Certains vous admirent, d’autres vous en veulent. Il arrive qu’un Alter refuse d’obéir à vos ordres, qu’un autre veuille repartir à zéro ou qu’un troisième sombre dans une crise existentielle. La communication est essentielle, et les dialogues à choix multiples influencent non seulement l’ambiance à bord, mais aussi le déroulement de l’histoire.

Une exploration risquée, au rythme impitoyable du soleil
À l’extérieur, la planète est aussi magnifique que meurtrière. On y découvre des biomes variés, des formations rocheuses flottantes, des anomalies visuelles étranges qui défient les lois de la physique. Chaque expédition est une mission périlleuse, où il faut récolter des métaux, des plantes ou des matériaux pour améliorer la base, tout en évitant les zones irradiées, les distorsions temporelles ou les anomalies quasi invisibles.
Le cycle jour/nuit est central dans le gameplay. À l’aube, les températures montent en flèche et les radiations deviennent létales. Il faut donc planifier minutieusement chaque sortie, en tenant compte de la durée du trajet, des besoins de l’équipage et des capacités de chacun. Il en résulte une tension constante, où le joueur oscille entre prudence et nécessité d’explorer.

Des choix moraux puissants et un récit à ramifications
Il n’est pas question d’un autre jeu de survie comme les autres. The Alters est une fable interactive sur le poids de nos décisions et dépasse les limites du genre. En créant vos doubles, vous revisitez des moments marquants de la vie de Jan : un échec amoureux, un choix de carrière, une trahison, une fuite. À travers ces fragments de mémoire alternative, le jeu pose une question fondamentale : sommes-nous définis par nos actes passés, ou pouvons-nous nous réinventer à chaque instant ?
Ces réflexions philosophiques ne sont jamais gratuites. Elles s’entrelacent avec les enjeux pratiques du gameplay. Faut-il sacrifier un Alter en mission, au risque de perdre ses compétences ? Faut-il donner priorité à la mission ou aux états d’âme de vos coéquipiers ? Les conséquences de vos décisions sont parfois immédiates, parfois insidieuses, et mènent à plusieurs fins possibles.

Une réalisation immersive et une direction artistique marquante
Techniquement, The Alters impressionne sur beaucoup de points. La base, avec ses couloirs métalliques, ses néons tremblotants et son interface rétro-futuriste, évoque les grands classiques de la science-fiction comme Moon, Solaris ou Interstellar. La planète, elle, est vivante, changeante, presque organique à une certaine limite. Le sound design accentue la « solitude » et le danger, tandis que la musique discrète accompagne les moments de tension et d’émotion avec subtilité.
Les performances vocales sont également à saluer. Chaque Alter a sa propre intonation, ses tics de langage, sa manière de s’adresser à vous. Cela donne une vraie consistance à ces personnages et renforce l’idée qu’il s’agit de personnes à part entière, et non de simples fonctions utilitaires.

Un jeu unique, bouleversant, inoubliable
The Alters n’est pas un jeu facile, loin de là. Il demande du temps, de la patience, de l’introspection. Il mêle stratégie, gestion, exploration, narration interactive et philosophie personnelle dans un ensemble cohérent, dense, mais jamais indigeste. Loin des expériences standardisées, il offre un regard neuf sur le jeu vidéo comme médium narratif.
Le studio vise plus loin qu’un simple jeu de science-fiction. Il réussi à aborder l’exploration de soi en tendant un miroir au joueur. Il vous demande : qui seriez-vous si vous aviez fait un autre choix ? Seriez-vous plus heureux, plus compétent, plus courageux ? Ou traîneriez-vous d’autres regrets, d’autres blessures ? Dans The Alters, il ne s’agit pas simplement de survivre, mais de se confronter à ce que l’on aurait pu être.
Un choix incontestable pour ceux qui ont apprécier Death Stranding, Mass Effect et Fallout Shelter… le tout enrobé d’une couverture de Mickey 17 que je vous suggère également de visionner.
Merci à 11 bit studios pour la copie du jeu.

Pour se procurer le jeu, c’est ici.