
Depuis ses débuts en 2009, la franchise Borderlands a su creuser son propre chemin dans le paysage vidéoludique, en fusionnant deux genres puissants : le jeu de tir à la première personne (FPS) et le jeu de rôle (RPG). Cet amalgame explosif est soutenu par un style visuel unique en cel-shading, des dialogues cinglants et un humour ravageur, le tout baignant dans un univers post-apocalyptique où règne la loi du plus fou. Mais s’il y a bien un élément qui propulse cette série au rang d’icône vidéoludique, c’est la créativité sans bornes de ses armes.

Un arsenal illimité : L’ADN de Borderlands
Quand on parle de Borderlands, on parle littéralement de « milliards d’armes ». Ce n’est pas une exagération marketing : le système de génération procédurale de butin permet une variété quasi infinie de combinaisons. Dès le premier jeu, Gearbox Software avait mis les bouchées doubles pour que chaque arme trouve sa propre identité.
On ne parle pas ici de simples variantes de dégâts ou de design : les armes de Borderlands ont leur propre personnalité. Certaines mitraillettes explosent en drones kamikazes une fois jetées, tandis que d’autres fusils, lorsqu’on les recharge, se transforment brièvement en tourelles automatiques ou en grenades intelligentes. Il existe des pistolets qui crient, d’autres qui chantent, et même des fusils qui tirent des balles arc-en-ciel ou qui projettent des éclairs enchaînant les ennemis entre eux. Avec un éventail incomensurable, chaque session devient une expérience renouvelée. On teste, on découvre, on s’étonne… et la prochaine arme est souvent encore plus folle que la précédente.

Une identité marquée par ses fabricants
Ce foisonnement de créativité repose aussi sur l’univers des fabricants d’armes. Chaque marque impose son style, ce qui influe directement sur notre manière de jouer. Certaines, comme Jakobs, misent sur le charme à l’ancienne avec des armes au look rétro et à la cadence de tir rapide, capables d’infliger des dégâts critiques d’une rare brutalité. D’autres, comme Tediore, misent sur la praticité démente : leurs armes, jetables après usage, explosent à l’impact avant de réapparaître magiquement dans les mains du joueur. D’un autre côté, Maliwan privilégie l’élégance high-tech avec des armes stylisées qui infligent des dégâts élémentaires constants.
Si Torgue, de son côté, choisit de tout faire sauter à coup de projectiles explosifs tonitruants, Hyperion préfère miser sur la précision et la stabilité, avec des armes qui deviennent de plus en plus précises à mesure qu’on les utilise. D’autres marques comme Vladof et Dahl viennent compléter cette galerie, chacune avec leurs spécificités mécaniques, leur cadence de tir, ou encore leurs viseurs personnalisés. Chaque trouvaille devient un nouvel outil d’expérimentation.

Quand les armes manipulent les éléments
Une autre facette spectaculaire de la série repose sur les effets élémentaires intégrés dans de nombreuses armes. On ne se contente pas de tirer, on déclenche des tempêtes chimiques. Le feu, par exemple, enflamme les ennemis non protégés, les réduisant en cendres lentement, mais sûrement. L’électricité neutralise les boucliers en quelques secondes, alors que l’acide ronge les armures métalliques des ennemis les plus coriaces.
La glace, introduite plus tard dans la série, permet de ralentir ou de figer ses cibles, ce qui ajoute une dimension tactique bienvenue. Et quand la radiation entre en jeu, le champ de bataille se transforme : les ennemis contaminés explosent à leur mort, propageant la maladie à ceux qui les entourent. Dans Tiny Tina’s Wonderlands, l’univers s’étendant aux archétypes fantasy, les effets élémentaires prennent un tour plus magique, avec des sorts de feu, de poison ou de lumière, faisant des armes de véritables baguettes technologiques.

Des héros à la personnalité explosive
Si les armes sont le cœur de Borderlands, les personnages sont l’âme de la série. Chacun d’eux apporte non seulement un style de jeu distinct, mais aussi une voix, une attitude, et une évolution narrative. Le système de progression à trois branches d’aptitudes permet d’orienter un même personnage vers des rôles très différents : soutien, dégâts massifs, contrôle du terrain… Il n’est pas rare de rejouer plusieurs fois avec le même héros, juste pour explorer ses différentes spécialités.
Prenons par exemple Amara, la sirène dotée de pouvoirs mystiques, que l’on peut transformer en déesse du corps-à-corps ou en contrôleur de foule grâce à ses bras spectraux. FL4K, de son côté, est un robot chasseur de prime qui peut s’allier à diverses créatures, chacun de ses familiers modifiant son gameplay. Moze fait appel à un mécha géant qu’elle peut personnaliser pour infliger des dégâts massifs ou offrir un soutien défensif à l’équipe. Zer0, lui, reste dans les mémoires pour son style ninja et ses attaques furtives. Chaque personnage semble conçu pour offrir une expérience complète, cohérente, mais aussi délicieusement chaotique.

Un univers riche, déjanté et toujours en expansion
L’univers de Borderlands ne se limite pas à la planète Pandora. Les jeux principaux nous transportent d’un astre à l’autre, et les titres dérivés, comme The Pre-Sequel ou Tales from the Borderlands, ajoutent des nuances émotionnelles ou humoristiques à cet univers déjà très coloré. Tales, en particulier, s’éloigne des mécaniques de tir pour offrir une aventure narrative pleine de charme, où les décisions comptent autant que les punchlines.
Tiny Tina’s Wonderlands, quant à lui, pousse le concept encore plus loin : ici, on se retrouve dans une partie de jeu de rôle fantastique animée par Tina elle-même, la jeune démone explosive déjà culte. Le résultat est un croisement improbable entre Donjons & Dragons et feu d’artifice numérique, avec des classes comme le Brr-Zerker ou le Spore Warden, et des armes qui allient technologie et sorcellerie dans un joyeux délire.

Humour noir et dérision permanente
Enfin, impossible de parler de Borderlands sans évoquer son humour. Si certaines blagues flirtent parfois avec l’absurde ou l’irrévérencieux, c’est justement ce ton décalé qui donne toute sa saveur à l’expérience. Claptrap, malgré son caractère insupportable, reste l’un des personnages les plus mémorables pour ses monologues ridicules, ses bourdes catastrophiques et ses grands moments de solitude mécanique.
Mais derrière l’humour se cache une critique constante du capitalisme sauvage, des corporations sans scrupules et des faux héros. Tout est prétexte à se moquer des figures d’autorité et des clichés du jeu vidéo. Et c’est justement cette lucidité, masquée par un masque de folie, qui rend l’univers si riche.

Le chaos a du génie
Borderlands, ce n’est pas qu’un jeu de tir avec des missions et des ennemis. C’est un bac à sable de chaos organisé, où chaque arme est une surprise, chaque personnage une caricature attachante, et chaque partie un feu d’artifice imprévisible. On joue pour looter, mais on revient pour rire, pour construire un build improbable, ou simplement pour découvrir la prochaine arme qui nous fera dire : « Attends… elle fait quoi quand je recharge ? »
Alors que le quatrième épisode principal est attendu avec fébrilité, je ne peux qu’espérer que Gearbox continuera de repousser les limites du délire armé. Et une chose est sûre : tant qu’il y aura des flingues qui crient, explosent, dansent ou gèlent le temps lui-même, je continuerai à retourner sur Pandora et au-delà.


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