
En mars dernier, les Oscars ont remis le prix du meilleur scénario adapté à Conclave, un film sur la mort d’un pape fictif et l’élection de son successeur. Deux mois après, en réponse à la mort du pape François, l’Église catholique a organisé un conclave pour élire son successeur. Vu les circonstances, il est plus qu’approprié de visiter le film qui n’aurait pas pu sortir à un moment plus hasardeux.

Un thriller pontifical
Après la mort de son Saint-Père, le sceptique cardinal Lawrence se voit confier la direction du conclave pour l’élection d’une nouvelle tête pour l’Église catholique. Il se retrouve alors au milieu de divers conspirations et complots de diverses personnes qui convoitent le poste. Plusieurs petites fractions se créent, où chacun veut pousser son candidat favori à gagner les élections…

Le cardinal Voldemort
Ralph Fiennes joue probablement l’un des meilleurs rôles de sa carrière. Et sachant qu’il a joué dans Schindler’s List, Prince of Egypt, The Grand Budapest Hotel, The Menu, James Bond, et Harry Potter, ça en dit long. Sa performance, qui forme le cœur du récit, nous accompagne durant l’intrigue, alors qu’il joue un rôle différent de son habitude. Sa nomination aux Oscars était méritée.
Les autres acteurs donnent aussi des performances captivantes. Mentions spéciales à Stanley Tucci, John Lightgow, Lucian Msamati, Isabella Rossellini, et Carlos Diehz.

Une prouesse technique immaculée
Là où le film brille le plus est au niveau de la production visuelle et audio. Volker Bertelmann nous offre ici une bande sonore intrigante qui retransmet la tension ressentie durant l’histoire, et rend les scènes mondaines ou banales excitantes. Sur ce point, le film me rappelle Death Note, où l’action d’écrire ou de manger une croustille devient une source de tension.
Le riche visuel, que ce soit par le décor ou les costumes, nous plonge dans l’univers du Vatican tout en nous fascinant par sa splendeur. Tout cela nous permet de nous engager dans l’histoire… alors que de base, il s’agit d’un film où plusieurs hommes votent et argumentent pendant deux heures sur qui sera leurs prochains chefs…

Une intrigue aux proportions papales
Sur ce dernier point, d’ailleurs, le film retransmet bien les enjeux et l’importance de ces discussions, non seulement au moyen du visuel ou de la bande sonore, mais aussi par son scénario et ses dialogues. En effet, le film me rappelle la série The Crown, où l’histoire m’incite à m’attacher à des personnes qui, dans la vraie vie, ne m’intéresseraient pas. Le film s’attend à recevoir un auditoire aux croyances diverses, et rend l’histoire accessible à tous.
Outre le contexte religieux, le film explore des thèmes qui reviennent dans certains thrillers politiques. Les jeux de pouvoir, les conflits d’idéaux, la corruption, les scandales, le choix le meilleur des deux maux, les qualificatifs d’un bon dirigeant… Ce sont toutes des thématiques que le film aborde avec nuance et complexité.

Une communion dissonante
Avant d’aborder la prochaine partie, je voudrais mettre les choses au clair. Je ne suis pas catholique, n’y ai pas grandi non plus, et mes connaissances sur le sujet sont dues à l’autodidacte et des discussions avec des amis par le passé. Ainsi, le protestant que je suis ne peut pas dire ce que les adhérents à la foi catholique penseront de ce film. Cela dit…
À certains moments, on dirait que le film, même en essayant d’être neutre, trahissait les intentions de ses créateurs. Cela me rappelle un peu Fleabag ou The Walking Dead, où le réalisateur tente de rendre un personnage hyper religieux attachant pour le spectateur, mais vu que l’auteur ne partage pas ses croyances, le résultat final ne semble pas 100 % authentique. C’est le cas ici, où certains gestes et commentaires de quelques personnages me font penser « Je doute qu’un haut placé de l’Église catholique dirait ça »…
En faisant des recherches sur l’auteur du livre original, ainsi que du directeur et des scénaristes du film, il semblerait que l’histoire soit plus un « souhait » de leurs créateurs plutôt qu’une réplique exacte de la réalité. Et ce point… risque de ne pas plaire à certains.

Une fin apocalyptique
Pour ce qu’il essaie d’accomplir, le film remplit bien sa mission tout en ne faisant aucune erreur… jusqu’aux dix dernières minutes…
Bon, sans rien divulgâcher, le choix du nouveau pape, je l’avais deviné très tôt, et pour le message du film, c’était la fin appropriée. Cela dit, ladite fin dévoile un aspect de l’intrigue… qui semble sorti de nulle part? Pour ce que le film tentait de faire avec l’histoire, à la limite, je peux comprendre. Mais cette révélation de dernière minute confond plus qu’autre chose, et nous fait demander pourquoi avoir terminé ce film presque parfait sur cette note inutile.
Pour vous donner une idée, il existe un film de romance où tout allait bien, et à la fin l’homme meurt lors de l’attentat du 11 septembre, et tu te dis « Que vient faire tout cela dans ce film de romance ? » C’est l’impression que j’ai eue.

Conclusion
Conclave est un chef-d’œuvre d’un point de vue technique. Et même si j’ai préféré Wicked, Dune Part Two et The Substance, il méritait bien ses nominations aux Oscars au printemps dernier. Pour le visuel, la bande sonore, et les performances des acteurs enrichies par leurs dialogues, le film vaut la peine d’être visionné. À savoir comment vous vous sentirez par rapport au message du film… ça, je ne peux rien vous promettre.
