Le premier tome de Creature Commandos présente Frankenstein est une œuvre initialement écrite par Grant Morrison (All-Star Superman), avant d’être reprise par Jeff Lemire (Gideon Falls, Le Mythe de l’Ossuaire). Du côté des illustrations, Doug Mahnke (Blackest Night) a été le premier artiste, suivi ensuite par Alberto Ponticelli (Soldat Inconnu).

Publié sous le titre Frankenstein, Agent of S.H.A.D.E., ce récit s’inscrit dans la continuité du reboot de DC Comics connu sous le nom de The New 52. La série a été publiée par DC Comics de novembre 2011 à mars 2013 et comprend, à l’origine, dix-sept numéros. Ce recueil en regroupe les onze premiers.

Je vous parle aujourd’hui de sa version française, éditée par Urban Comics et distribuée au Québec par La Boîte de Diffusion. Cette édition à couverture rigide contient un total de 256 pages et est vendue au prix de 43,95 $.

Frankenstein, le personnage principal de notre récit.

Frankenstein, Agent of S.H.A.D.E. : le comic derrière la série animée
Avec la sortie en 2024 de la série d’animation Creature Commandos, destinée à un public averti, il était prévisible qu’un recueil des comics ressortirait dans la foulée. En réalité, la traduction française est tirée d’une réédition parue la même année, ce qui explique pourquoi le public francophone reçoit ce tome un peu plus tard, en dehors de la période de « hype » entourant la série animée.

Ayant beaucoup apprécié la série de James Gunn, je me suis dit : pourquoi ne pas me lancer dans la lecture des comics ? Bien que la série soit inspirée du numéro 93 de Weird War Tales, j’ai opté pour la série la mieux notée, celle justement rééditée à l’occasion de la sortie du dessin animé.

De Melmoth au S.H.A.D.E. : Frankenstein face à l’impossible
L’histoire tourne bien entendu autour de Frankenstein. Dans un premier temps, on nous dévoile ses origines, du moins, ce qu’il est important de savoir pour la suite du récit. Bien qu’il soit en action depuis les années 1800, il n’est pas question ici de son interaction avec son créateur, ni de tout ce qui s’est passé pendant les décennies suivantes. L’origin story prend plutôt la forme d’un affrontement contre Melmoth, un personnage clé lié à sa création.

Voici Lady Frankenstein.

Frankenstein est rapidement confronté à des situations absurdes, flirtant constamment avec le paranormal. Si vous avez vu la série Peacemaker, vous retrouverez un ton similaire dans les types de menaces auxquelles il fait face. Il se retrouve parfois à aider une ville, parfois une planète lointaine… ne me demandez pas comment il atterrit dans l’espace, ce passage est évoqué très brièvement, sans véritable explication.

C’est alors qu’entre en scène le S.H.A.D.E., une agence secrète chargée de protéger la Terre par des moyens pour le moins non conventionnels. Cette organisation est dirigée par un savant fou du nom de Temporus, et c’est sous sa supervision que Frankenstein est recruté. Son intégration dans cette agence gouvernementale est aussi influencée par Lady Frankenstein, sa femme, qui joue un rôle important dans son choix de s’engager.

De gauche à droite, Dr. Nina Mazursky, Warren Griffith, Vincent Velcoro et Khalis.

Peu après, l’équipe des Creature Commandos est formée. Elle rassemble :

  • Dr. Nina Mazursky, une scientifique mi-humaine, mi-amibienne ;
  • Warren Griffith, un loup-garou ;
  • Vincent Velcoro, un ancien pilote du S.H.A.D.E. transformé en chauve-souris géante à l’allure vampirique ;
  • Khalis, une mystérieuse momie dont on ne sait presque rien.

Ensemble, cette équipe de monstres devra faire face à des menaces qui les mèneront, à plusieurs reprises, à accomplir l’impossible.

Quand le comic Frankenstein vire à la Suicide Squad : mon avis sur le tome 1
L’histoire de ce premier tome est globalement bonne, mais connaît une légère baisse de régime à partir du cinquième chapitre. Attention, ce drop ne rend pas le tome moins intéressant, mais il marque un changement de direction assez net. Cela s’explique par le passage de la plume de Grant Morrison à celle de Jeff Lemire.

L’histoire imaginée par Morrison me semblait plus terre à terre, malgré sa teinte paranormale très marquée. J’avais même le sentiment de lire quelque chose qui se rapprochait de Spawn, et j’ai tout de suite accroché dès les premières pages. L’ambiance sombre, le rythme maîtrisé, tout fonctionnait.

Mais à partir du cinquième chapitre, j’ai trouvé que Jeff Lemire empruntait un chemin plus facile, en donnant au récit une tournure à la Suicide Squad. C’est d’ailleurs ce style qui sera repris dans la série animée réalisée par James Gunn. Les missions deviennent de plus en plus extrêmes, presque absurdes, au point qu’on en vient à se demander si certaines ne seraient pas plus appropriées pour Superman plutôt que pour une équipe de monstres. Mis à part Frankenstein et Lady Frankenstein, le reste de l’équipe semble sortir tout droit d’un « groupe E » d’anti-héros.

Cela dit, Jeff Lemire réussit tout de même à bien développer ses personnages, en particulier Frankenstein, qui conserve le même ton solennel et imposant. Il interagit davantage avec Lady Frankenstein et même avec Dr. Nina, ce qui apporte de belles dynamiques de groupe. Alors que Morrison misait sur l’intrigue et des moments plus intimes, Lemire, lui, se concentre sur l’action, tout en gardant un bon tempo narratif, malgré le changement d’approche.

Le Frankenstein de Doug Mahnke.

Même au niveau du dessin, un changement de direction s’opère à partir du cinquième chapitre. Le pinceau passe alors des mains de Doug Mahnke à celles d’Alberto Ponticelli. Sans rien enlever au talent de ce dernier, qui fait d’ailleurs l’effort de conserver une certaine continuité graphique dans les chapitres suivant la transition — on remarque qu’à partir des dixième et onzième numéros, Ponticelli commence à s’approprier pleinement le style, en l’amenant progressivement vers quelque chose de plus personnel.

Je dis bien sans rien enlever, car même le dessin de Mahnke m’a immédiatement évoqué des œuvres comme Spawn ou Savage Dragon. On est ici très loin du style lisse de Jim Lee ou de ce qui gravite autour. Si je devais le décrire, le trait de Mahnke ressemble à quelque chose de sale, presque dégueulasse, et c’est justement ce côté organique et crasseux qui sert parfaitement l’ambiance de la série.

Le Frankenstein dAlberto Ponticelli.

De son côté, Ponticelli oriente ses planches vers un rendu plus coloré et un peu moins sombre. À première vue, on pourrait croire que cette nouvelle esthétique nuit au ton du récit — mais c’est tout le contraire. Elle s’harmonise en fait beaucoup mieux avec la nouvelle direction prise par Jeff Lemire, plus orientée action et missions spectaculaires. C’est pourquoi, malgré le changement de style, les deux artistes apportent chacun quelque chose de positif à l’histoire, chacun à leur manière.

Le dessin animé

Pour comprendre les véritables Creature Commandos, lisez ce tome
La lecture de ce tome m’a poussé à remettre en question mon appréciation de la série d’animation Creature Commandos. James Gunn a choisi d’y injecter une dose importante d’humour, alors que dans le matériel d’origine, celui-ci est presque totalement absent. Les origines de Lady Frankenstein, de Frankenstein lui-même et du Dr. Nina sont également modifiées, tout comme l’organisation pour laquelle l’équipe accomplit ses missions.

Même si les personnages de la série animée sont intéressants et bien écrits, je trouve qu’elle n’arrive pas à transmettre les mêmes émotions, ni la même atmosphère que le comic original. Il y a un vrai décalage de ton entre les deux œuvres.

Si vous souhaitez en savoir davantage sur cette équipe hors du commun, c’est ce tome qu’il vous faut. Et bonne nouvelle : comme la série ne compte que dix-sept numéros, l’histoire sera complète en deux volumes seulement. Une excellente occasion de plonger dans un univers unique, sombre et audacieux.

Merci a La Boite de Diffusion pour la copie de la BD!

Pour se procurer la BD, cliquez ici.

Auteur

Avatar de Trash Talker

Article écrit par

Laisser un commentaire