La série Joueuse compulsive (Bet en version anglaise) vient de débarquer sur Netflix le 15 mai dernier, offrant aux téléspectateurs une nouvelle interprétation de l’univers créé par Homura Kawamoto et Tōru Naomura, Kakegurui. Cette série dramatique nous plonge dans l’univers impitoyable d’un internat très prestigieux où ce ne sont ni les privilèges de naissance ni les liens familiaux qui définissent le statut social, mais bien le sang-froid et la ruse dans cet univers régi par les paris et les jeux de hasard. Toutefois, cet ordre établi se voit bouleversé par l’arrivée de Yumeko, une élève mystérieuse, mais incroyablement brillante qui n’a de craintes à défier les élèves les plus puissants de l’école avec un sang-froid très déconcertant et un goût du risque quasi… obsessionnel !

Attention néanmoins chers fans de l’animé original, un petit conseil d’amie : laissez vos attentes à l’entrée ! Ici, pas de Yumeko électrisante au regard de prédatrice ni de face à face haletants dignes d’un duel de shōnen psychologique. La série Netflix paraît préférer de loin les petits paris mignons aux descentes aux enfers existentielles qui tiennent les spectateurs en tension constante ! Bref, c’est Kakegurui, mais passé au filtre Instagram si je peux le dire ainsi.

Un changement de décor : de l’Académie Hyakkaō à l’école St. Dominic’s
L’un des changements les plus marquants entre l’animé Kakegurui et la série Joueuse compulsive se trouve à être le décor. Dans l’animé, l’action se déroule à l’Académie Hyakkaō, une école japonaise et très extravagante où le jeu est au cœur même du système scolaire. Tout dans l’animé est intensifié : l’esthétique y est stylisée à l’extrême, avec des architectures riches et luxueuses, des couleurs éclatantes et une mise en scène volontairement exagérée pour démontrer l’intensité psychologique et émotionnelle de chacune des parties de jeu. Cette surcharge visuelle fait partie intégrante de l’âme de l’animé en créant une ambiance quasi irréelle, où la frontière entre la folie et le génie est constamment emmêlée.

Dans la série Netflix, le décor est transposé dans un internat fictif, le St. Dominic’s Prep en Amérique du Nord. L’environnement y est terriblement plus simple et plus réaliste, avec ses couleurs sobres et ses teintes de bruns, de gris et de noirs. Ce changement vise sans doute à adapter l’histoire à un public nord-américain, le plus grand public de Netflix possiblement, mais il fait perdre une partie importante de l’atmosphère follement excentrique et surtout, très théâtrale qui faisait toute l’originalité et la saveur de l’animé.

Une atmosphère adoucie : moins de tension, plus de spectacle
Même si la série met en vedette une distribution jeune et qui semble prometteuse (Ayo Solanke, Clara Alexandrova, Hunter Cardinal et Aviva Mongillo), Joueuse compulsive n’arrive cependant pas vraiment à recréer l’intensité perverse et l’originalité de l’animé — ou plutôt du manga — dont elle s’inspire. L’univers est visuellement soigné et l’histoire propose un certain suspense, mais on reste fréquemment en surface. À mon avis, la série se range facilement dans la même catégorie que Squid Game ou Élite, ce qui peut certes plaire à certains ! Mais là où l’animé allait plus loin dans la puissance des émotions, les choix moraux et les jeux de pouvoir, le live-action reste plus calme, presque trop « soft », malgré que l’on ajoute un aspect familial à cette adaptation qui peut définitivement aller chercher le cœur des spectateurs. Les retournements de situation sont présents oui, mais parfois bien prévisibles, ce qu’on retrouvait peu dans l’animé avec tout le suspense qu’il nous apportait !

Enfin, les jeux eux-mêmes sont souvent moins inventifs ou symboliques. Là où l’animé utilisait des règles absurdes ou tordues pour créer des tensions psychologiques, la série adopte au contraire des jeux plus simples ou classiques, ce qui diminue la créativité et l’effet de surprise, élément pourtant essentiel d’une bonne série ! Et cela, c’est sans parler des stéréotypes et représentations « 2025 » ajoutés à la série, qui l’éloigne que davantage de son âme japonaise, là où elle tire néanmoins son inspiration ! En somme, c’est une adaptation regardable et tout à fait plaisante pour les nouveaux amateurs, mais qui manque de mordant pour réellement satisfaire les fans de la série originale.

Notre chère Yumeko : une héroïne moins perturbée

Outre les changements de décors, ce qui saute aux yeux dans cette adaptation, c’est la manière dont le personnage de Yumeko a été repensé par rapport à l’animé Kakegurui. Dans l’histoire originale, elle incarne une figure à la fois troublante et totalement envoûtante ! Tout aussi charmante que déconcertante, elle possède une passion dévorante pour le jeu en se nourrissant du risque et du chaos avec une intensité presque dérangeante. Sa personnalité est tout aussi contradictoire. D’un côté, elle nous offre une naïveté, une innocence quasi enfantine même, et d’un autre, on entre bientôt dans la folie, la rendant à la fois imprévisible, libre des contraintes sociales, mais surtout, profondément déroutante ! Psychologiquement, Yumeko est à la fois une grande stratège et une joueuse compulsive qui ne cesse de prendre des risques extrêmes pour ressentir l’excitation de laisser l’issue des jeux entièrement au hasard, faisant d’elle un personnage à la fois captivant et intriguant. C’est également cette intensité qui est au cœur de l’animé.

À l’inverse, la version de Yumeko proposée par la série Netflix, bien qu’elle conserve un certain mystère, voit son portrait beaucoup plus atténué. À mes yeux, cela reste l’un des aspects les plus décevants de cette adaptation. Là où l’anime la présentait comme une figure aussi déroutante qu’hypnotique — tiraillée entre innocence, délire et passion dévorante pour le jeu —, le live action la présente comme étant trop sage, presque comme si on avait volontairement bridé ce qui la rendait unique. Son comportement paraît encadré et sa folie… largement trop douce. Même sa soif de risque est moins viscérale ! On voit des aspects de sa personnalité qui n’auraient jamais pu être intégrés dans la version originale… sûrement pour permettre à plus de spectateurs de s’y attacher. Psychologiquement, sa folie et sa soif de jeu ont été terriblement adoucies, elle semble moins habitée par cette folie douce qui caractérisait si bien son personnage animé. Cela la rend certes possiblement plus attachante, mais également beaucoup moins choquante, perturbante, troublante ! Personnellement, j’y perds ce qui faisait toute la richesse de Yumeko : sa capacité à la fois à séduire, à déstabiliser et à déranger. En tant que fan de l’anime, cette version m’a laissé sur ma faim, comme si on avait atténué ce qui faisait justement sa singularité, sa profondeur… ce qui faisait de Yumeko, Yumeko !

Cette version donne une impression plus terre-à-terre et moins débridée, ce qui peut rendre le personnage moins saisissant pour les fans qui ont connu l’original, et malheureusement, le même phénomène est visible chez les autres personnages ! Certains équivalents sont présents, mais plusieurs ont été réinventés et même totalement modifiés, ce qui m’a légèrement déroutée en tant que fan de l’animé, mais qui pourrait au contraire totalement plaire aux nouveaux spectateurs de Joueuse compulsive ! En plus de Yumeko, on retrouve Ryota, l’élève qui, dans l’animé, accompagnait Yumeko partout comme un chien de poche est remplacé dans la série par un personnage moins naïf certes, mais également plus effacé pour laisser place à un second personnage à découvrir aux côtés de notre chère Yumeko. Même les méchants ont subis des modifications ! Dans l’animé, ils étaient souvent caricaturaux et volontairement excessifs, renforçant le côté malsain et théâtral des duels entre les personnages. Or, dans la série, ils sont plus réalistes et « occidentaux », parfois plus nuancés et on nous présente même certaines histoires familiales pour ajouter à l’attachement, mais selon moi, ils sont aussi moins mémorables que les personnages de l’original !

Conclusion : une adaptation accessible, mais moins percutante
En tant que grande fanatique de l’animé et du manga, j’ai trouvé Joueuse compulsive divertissant… mais beaucoup moins captivant et même quelques fois décevant si je peux être honnête. La série réussit à introduire l’univers de Kakegurui à un public plus large, mais elle perd en intensité et en subtilité. Les amateurs de l’œuvre originale pourraient être déçus par cette version édulcorée, mais pour ceux qui découvrent l’histoire pour la première fois, ne vous méprenez pas, vous y trouverez un divertissement fort agréable ! Certains pourraient même préférer cette version plus sentimentale de Yumeko et des élèves de l’académie, car il peut être plus facile de s’y attacher.

Joueuse compulsive offre ainsi une porte d’entrée vers l’univers de Kakegurui, mais elle s’éloigne de l’essence de l’œuvre originale. Si vous recherchez une série légère et divertissante, cette adaptation pourrait parfaitement vous convenir et vous offrir un joli divertissement. Cependant, pour une expérience plus intense et psychologiquement stimulante, je vous recommande sans le moindre doute d’aller découvrir la beauté de l’animé ou du manga. Soyez tout de même prévenu que l’intensité est disons…. décuplée au centuple dans l’original ! Mais que vous soyez amateurs de la nouvelle série Joueuse compulsive ou de l’animé original, il s’agit d’un merveilleux divertissement, à ne toutefois pas reproduire bien sûr !

Queen Kate

Pour écouter la série, c’est ici.

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