Quand l’horreur se mélange avec le malaise
Comment vont mes amours ?
C’est votre humble (mais légendaire) serviteur Frank, le Dieu Geek, qui vous honore de son temps divin pour vous livrer la critique du quatrième volume de #DRCL Midnight Children, ce manga écrit et illustré par Shin’ichi Sakamoto et publié en français chez Ki-oon.
Je vous le rappelle : on est ici dans une adaptation de l’œuvre mythique de Bram Stoker, Dracula. Déjà dans les volumes précédents, Sakamoto n’avait pas peur d’aborder des thèmes tabous comme l’identité de genre, l’homosexualité et le racisme, le tout dans le contexte rigide et oppressant de l’Angleterre victorienne du 19e siècle. Mais là… dans ce tome-ci… il pousse encore plus loin le malaise.

Un bond dans le temps… et dans l’étrangeté
Ce volume nous ramène avant l’arrivée de Dracula en Angleterre, alors qu’on découvre enfin Jonathan Harker, l’ami d’enfance de Mina. Ici, Jonathan est en fauteuil roulant, un jeune homme fragile issu du même orphelinat que Mina.
Il doit partir en Transylvanie pour y faire signer des documents au fameux comte Dracula, qui souhaite acquérir une demeure en Angleterre. Un truc bien administratif… sauf que vous le savez, ça va virer au cauchemar.
Comme dans l’œuvre originale, Jonathan va passer par la peur, la manipulation, et cette fameuse ambiance de séduction inquiétante. Sauf qu’ici, on va bien au-delà de ce que Bram Stoker avait osé montrer… et c’est là que le malaise commence.

Malaise assumé : entre horreur et pédophilie suggérée
On ne va pas se le cacher : les personnages sont très jeunes, beaucoup plus qu’à l’origine. Jonathan a l’air d’un enfant frêle et naïf, et quand il fait face aux fameuses trois femmes qui veulent le séduire… disons que c’est pas aussi subtil que dans le roman de 1897.
Dans la version de Sakamoto, ce sont carrément des succubes, créatures mythologiques connues pour dévorer les enfants (et le sperme, ouin, on va là). C’est donc une scène qui frôle carrément la pédophilie symbolique, et je vous le dis : j’ai été troublé. Sakamoto ne fait pas dans la dentelle. Il nous pousse dans nos retranchements, tout en restant dans la thématique de l’horreur psychologique et de la transgression, comme le faisait déjà Stoker à son époque, mais avec un filtre bien plus contemporain et viscéral.

Visuellement, du génie dérangeant
Côté dessin, Sakamoto est un monstre de talent. Et je pèse mes mots. C’est probablement le plus bel ouvrage que j’ai couvert pour G pour Geek à ce jour.
Chaque case est travaillée à la perfection. Il transforme des scènes de pseudo-séduction en véritable cauchemar visuel. Le passage avec les succubes est un parfait mélange entre l’euphorie onirique et l’horreur brute.
Et que dire du design de Dracula ?
Oubliez le vieux monsieur avec ses longs doigts. Ici, Dracula est juvénile, avec de longs cheveux, des oreilles de loup (ahhh, les Japonais), et il… tète son pouce. Ouin. C’est aussi bizarre que ça sonne. On comprend tout de suite que ce personnage est dangereux d’une manière qu’on n’aime pas trop définir.

Conclusion : un chef-d’œuvre inconfortable
Soyons clairs : ce manga n’est pas pour tout le monde.
C’est troublant, dérangeant, intense, mais justement, c’est ce que Bram Stoker voulait provoquer à son époque. Et Sakamoto reprend ce flambeau en y ajoutant un visuel d’une puissance rare, un esthétisme qui frappe et qui marque.
Un mélange de tabous, de violence, et d’horreur psychologique comme on en voit peu. Et malgré mon malaise, je ne peux que saluer le génie artistique et narratif de cette œuvre.

Merci à Interforum pour la copie du livre.

La note du Dieu Geek

Pour se procurer le manga, c’est ici.

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