Le mal s’invite sur console avec brio
Lorsqu’on pense à Diablo, le premier nom qui vient à l’esprit est généralement celui du PC. Sorti initialement en 1996 sur Windows, le premier opus de la légendaire franchise de Blizzard a posé les bases du hack’n slash moderne avec sa sombre atmosphère gothique, ses donjons générés aléatoirement et son gameplay nerveux. Pourtant, en 1998, Diablo a fait un détour inattendu sur la PlayStation 1, dans une adaptation qui aurait pu sembler casse-gueule à première vue. Et pourtant, malgré ses compromis techniques, la version PS1 parvient non seulement à tenir la route, mais aussi à surprendre agréablement, même aujourd’hui.

Ayant récemment fait les RetroAchievements de cette version, j’ai redécouvert Diablo sous un nouveau jour. Cette critique reviendra sur les forces et faiblesses de cette adaptation, tout en la comparant à sa version PC d’origine. Si vous êtes curieux de savoir si le Mal absolu a su conserver son charme en passant des claviers aux manettes, vous êtes au bon endroit.

Une ambiance infernale toujours aussi efficace
Ce qui frappe d’entrée dans Diablo, quelle que soit la version, c’est son ambiance sonore et visuelle unique. Tristram, le village qui sert de hub principal, suinte la désolation, tandis que la musique acoustique de Matt Uelmen crée une atmosphère de solitude et de mystère rarement égalée. Bonne nouvelle : tout cela est intact sur la version PS1. La bande-son, d’une richesse remarquable, a été parfaitement conservée, tout comme les bruitages glauques et les voix digitalisées des ennemis.
Les graphismes, bien que compressés pour s’adapter aux limitations de la PlayStation, gardent un rendu très satisfaisant. Le style visuel, avec ses teintes sombres et sa direction artistique inspirée, fonctionne encore parfaitement. Certes, l’image est un peu plus floue et la résolution inférieure à celle de la version PC, mais l’ensemble reste lisible et fidèle à l’original.

Une jouabilité étonnamment intuitive à la manette
L’un des plus grands défis de cette adaptation était évidemment de transposer un gameplay conçu pour la souris et le clavier vers une manette à croix directionnelle. À ce niveau, Diablo PS1 fait presque des miracles. Le déplacement du personnage avec la croix est précis, et les commandes d’attaque et de sorts sont bien mappées. Il faut un temps d’adaptation, surtout pour ceux ayant joué à la version PC, mais on finit par s’y faire et même à apprécier certaines simplifications.
La visée automatique remplace intelligemment le clic de souris : votre personnage attaque la cible la plus proche, ce qui limite la frustration. La navigation dans l’inventaire ou les menus reste un peu laborieuse, mais elle est parfaitement fonctionnelle et même étonnamment ergonomique pour un jeu aussi ancien.
L’ajout majeur ici est la possibilité de jouer à deux en écran splitté. Une fonctionnalité absente sur PC qui donne un charme fou à cette version console. Le plaisir de s’aventurer en duo dans les profondeurs de la cathédrale de Tristram, côte à côte sur le canapé, est un gros plus, surtout à une époque où les jeux coopératifs de ce type étaient rares sur console.

Contenu et structure : fidèle mais amputée
Sur le plan du contenu, la version PS1 reprend l’essentiel de la version PC. Les trois classes de personnage sont là : le Guerrier, le Voleur et le Sorcier. Les quêtes principales, les monstres emblématiques et les objets magiques sont également présents. Cependant, plusieurs limitations techniques ont obligé l’équipe de portage (Climax Studios, sous l’égide de EA) à faire quelques coupes.
Premièrement, les sauvegardes sur la console d’origine sont limitées. Il faut une carte mémoire PlayStation et de nombreux blocs pour sauvegarder. Cela peut être frustrant, surtout lorsqu’on est habitué à la souplesse du PC, mais bon sur émulateur ca ne change pas grand chose de notre côté. Le temps de chargement est également un peu plus long, particulièrement lors des passages entre les étages du donjon ou quand on revient en ville.
Autre différence notable : la version PlayStation ne propose pas de jeu en ligne. Cela peut sembler évident aujourd’hui, mais à l’époque, Diablo sur PC avait une véritable composante multijoueur via Battle.net. L’absence de cette fonctionnalité limite donc la rejouabilité et l’aspect communautaire, mais la coop en local compense partiellement cela.
Enfin, certaines petites quêtes aléatoires présentes sur PC ont été retirées ou simplifiées, probablement pour des raisons de place sur le disque. Cela reste marginal, mais les puristes le remarqueront.

RetroAchievements : une redécouverte stimulante
Compléter les RetroAchievements de la version PS1 a été une expérience en soi. Le set est bien conçu, avec des objectifs qui poussent à explorer toutes les facettes du jeu, à maîtriser chaque classe et à relever des défis parfois corsés comme vaincre Diablo sans mourir ou en difficulté maximale.
Cela m’a permis de redécouvrir le jeu avec un œil neuf. Le farming d’objets rares, l’optimisation des builds, le choix des sorts et la stratégie face aux boss prennent une autre dimension quand ils sont liés à des objectifs précis. Cela redonne une motivation et un sens du progrès très gratifiant. Même les habitués de la version PC trouveront ici un défi rafraîchissant.

Comparaison PC vs PS1 : les grands écarts
Il est impossible de ne pas comparer les deux versions, tant leur philosophie diffère malgré un cœur de jeu identique. Sur PC, on a une interface plus souple, des raccourcis clavier pratiques, des déplacements rapides avec la souris, et surtout la possibilité de jouer en ligne avec d’autres joueurs du monde entier. L’expérience y est plus fluide, plus personnalisable, et surtout plus rapide.
La version PlayStation, en revanche, est une expérience plus contemplative, plus lente, mais aussi plus intime. Le rythme est ralenti, ce qui donne paradoxalement plus de poids à chaque affrontement. Le jeu devient presque plus stratégique, car les erreurs coûtent cher sans sauvegardes rapides ou potions instantanées sous raccourci.
La maniabilité, une fois apprivoisée, devient un point fort. Le gameplay à la manette, bien que simplifié, permet une immersion différente, presque plus viscérale. On se sent plus directement connecté au personnage qu’avec une souris. C’est un peu comme passer du jeu de rôle papier au jeu de plateau : les deux offrent la même aventure, mais pas sous la même forme.

Défauts et frustrations : le poids de l’époque
Aussi réussie soit-elle, cette version PS1 n’est pas exempte de défauts. Le premier est d’ordre technique : le framerate chute parfois lors de combats intenses, et les temps de chargement peuvent devenir irritants à la longue. Les commandes de menus, bien que ingénieusement pensées, restent lentes par rapport à ce qu’offre une interface PC.
Ensuite, l’absence de personnalisation des touches, de sauvegardes rapides, ou même de rotation de caméra peut frustrer les joueurs modernes. Le jeu reste dur, parfois injuste, et très punitif. Si vous perdez votre personnage sans avoir sauvegardé récemment, tout est à recommencer.
Et bien sûr, l’absence du mode online est une perte énorme, surtout pour un titre aussi culte. Même si le multijoueur local compense partiellement cela, il est regrettable qu’aucune fonction réseau (même via câble ou modem, comme certains jeux PS1 l’ont fait) n’ait été implémentée.

Une adaptation audacieuse et réussie
Malgré ces imperfections, Diablo PS1 reste un petit miracle technique. Peu de jeux PC de cette époque ont réussi leur passage sur console aussi brillamment. Il faut saluer le travail colossal de Climax Studios, qui a su transposer l’essence du jeu avec intelligence, en l’adaptant aux limites matérielles de la console sans le dénaturer.
Il en ressort une expérience unique, différente, mais parfaitement complémentaire à celle du PC. C’est aussi une version précieuse historiquement, car elle montre qu’il était possible, dès les années 90, de faire du hack’n slash jouable et agréable sur console, bien avant Baldur’s Gate: Dark Alliance ou Champions of Norrath sur PS2.

Conclusion : le Mal sied bien à la manette
Diablo sur PlayStation 1 n’est pas qu’un simple portage : c’est une réinvention fidèle mais adaptée. Il conserve l’essence du jeu original tout en proposant une expérience différente, plus lente, mais tout aussi immersive. Pour les fans de la série, c’est une curiosité indispensable, et pour les amateurs de jeux rétro, c’est un bijou injustement oublié.
Faire les RetroAchievements sur cette version donne une excellente excuse pour redécouvrir ce classique sous un autre angle, et démontre à quel point ce titre était en avance sur son temps. Malgré ses limites, Diablo PS1 mérite sa place dans l’histoire du jeu vidéo, non seulement comme un grand jeu, mais aussi comme une preuve que l’enfer, parfois, peut très bien se jouer à la manette.

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