
Dans les coulisses du chrono: rencontre avec l’organisateur
Depuis 2016, NoReset s’impose comme un incontournable du speedrun au Québec. À sa tête, un passionné qui remplit bien plus qu’un simple rôle de coordinateur : fondateur, animateur, bâtisseur d’équipe, Dimitrios Lianopoulos assume une grande partie de la planification de l’événement.
« J’ai longtemps tout porté sur mes épaules, surtout depuis 2022. Aujourd’hui, j’ai appris à déléguer à notre superbe équipe de 12 personnes. Je m’occupe encore de la vision globale, de la planification événementielle et des relations avec nos partenaires, tels que Loto-Québec. »

L’idée de créer un tel événement est née de la participation de Dimitrios Lianopoulos à l’incontournable Games Done Quick en 2015, un événement emblématique de la scène du speedrun. L’ambiance et l’expérience unique qu’il y a vécues l’ont poussé à se questionner sur l’absence d’un événement similaire au Québec. Plutôt que d’attendre qu’un tel projet voie le jour, il a décidé de le lancer lui-même, pour le plus grand bonheur des passionnés.
« La première édition s’est tenue dans un petit café, le Nexus Café. Plus tard, on a même participé au LAN de l’ETS. Depuis, on a bien grandi. »
Effectivement, NoReset a connu une belle évolution au fil des ans. Après des participations dans divers festivals et espaces de démonstration, l’événement a su s’adapter à la pandémie en proposant des éditions entièrement en ligne, avant de revenir en force une fois les restrictions sanitaires levées.
« Le retour en présentiel a fait exploser la demande. Les gens avaient envie de se revoir, de vivre ça ensemble. On sentait une soif de sociabilisation. »
Aujourd’hui, NoReset s’apprête à tenir sa 6ᵉ édition en septembre. L’événement attire des joueurs et des spectateurs venus du Québec, du Canada, mais aussi des États-Unis — de Montréal à Dallas, en passant par Austin. Il est désormais reconnu à l’échelle internationale et développe une expertise qui dépasse largement les frontières.
« On a même eu une demande en mariage sur scène, à la fin d’un speedrun de Harvest Moon, pendant notre édition spéciale thématique “mariage”. Un moment magique. »
Un festival de vitesse vidéoludique
Ce qui rend NoReset unique, c’est sa capacité à célébrer le speedrun dans toute sa diversité, tout en offrant une véritable expérience immersive. Chaque édition propose une programmation évolutive, directement influencée par la communauté.
« On part des jeux que les gens soumettent, ceux auxquels ils jouent activement, et on ajoute des découvertes. On essaie de garder les classiques, mais on aime aussi sortir des sentiers battus. »
L’an dernier, la scène s’est enflammée avec un speedrun de Mega Man X accompagné d’un groupe live en direct sur scène — un véritable concert vidéoludique. À un autre moment, une démonstration de Beatmania a captivé l’attention de tous : une prestation impressionnante sur la machine originale, avec une caméra braquée sur le panneau de contrôle et les mains du joueur pour suivre chaque mouvement avec précision.
Parfois, l’événement prend un virage plus déjanté : des jeux volontairement mauvais deviennent des spectacles d’habileté dans les mains de joueurs chevronnés. D’autres fois, ce sont des rom hacks de jeux existants — comme Super Metroid — qui transforment une expérience bien connue en quelque chose d’à la fois familier et complètement nouveau.

La cinquième édition de NoReset a accueilli plus de 60 speedrunners, pour un public de plus de 400 visiteurs sur place et plus de 25 000 vues en ligne. Une progression constante pour un événement qui gagne en envergure d’année en année.
« On avait prévu 350 à 450 visiteurs, on les a dépassés. Et chaque année, on voit de plus en plus de gens venir de l’Ontario ou même des États-Unis. »
L’événement se tient en format hybride, permettant aux amateurs du monde entier de suivre les performances en direct, tout en profitant de l’ambiance unique sur place.
Mais NoReset n’est pas une compétition — et c’est une décision assumée.
« Il existe déjà assez de compétitions. Nous, on veut offrir un espace où on partage une passion, sans pression. »
Et pour créer cet espace, tout est pensé dans les moindres détails. Une section LAN recrée l’esprit des soirées de gaming entre amis, avec des jeux préinstallés (open source ou gratuits), des consoles mini reliées aux ordinateurs, et même des écrans cathodiques pour les puristes.
Ajoutez à cela des bornes d’arcade, des Gamecubes avec beanbags, des jeux québécois indépendants, une librairie de jeux sur place, ainsi que des animations en direct — allant de Magic: The Gathering à des saynètes inspirées de Robin des Bois — et vous obtenez un véritable festival du jeu vidéo, aussi riche qu’inclusif.« Le speedrun est au cœur de l’événement, mais on veut rassembler les gens autour de toutes les formes de gaming. Le but, c’est de créer une expérience qui dure pendant les trois jours, même en dehors des runs. »

Si les speedrunners ne concourent pas pour des trophées, les dons en ligne permettent tout de même de remporter des prix de participation, une manière de remercier la communauté fidèle qui soutient l’événement année après année.
Des pixels et des câbles : organiser l’impossible
Organiser un événement comme NoReset, ce n’est pas seulement aligner des consoles et démarrer un live Twitch. C’est une machine complexe, où chaque pièce — humaine comme technique — doit fonctionner avec une précision millimétrée. Et pour un événement retransmis en direct, la marge d’erreur est quasi nulle.
« Il y a énormément de logistique, de coordination, de mouvement de pièces. On a une équipe interne d’une quinzaine de personnes, plus une quarantaine de bénévoles, sans compter les speedrunners. Et tout le monde travaille bénévolement. »
C’est d’ailleurs l’un des grands défis pour l’organisateur : offrir un événement professionnel, sans les ressources d’un grand festival.
« On ne peut pas offrir des passes gratuites à tout le monde. Financièrement, ce serait impossible. Alors, on maximise avec les moyens qu’on a, et on s’améliore d’année en année. »
Heureusement, le fondateur peut compter sur son expertise en TI et sur une équipe solide. Des spécialistes audiovisuels comme Yannick Sirois contribuent à donner à l’événement une qualité de diffusion digne des plus grandes productions.

« On a eu un incident l’an dernier : un simple driver Windows qui plante, et c’est la machine qui lâche pendant le live. C’est la première fois que ça arrivait, mais ça montre à quel point tout doit être sous contrôle. »
À la différence d’un tournoi d’e-sport où tout est standardisé, chaque run à NoReset implique un setup unique : une nouvelle console, une nouvelle configuration, un nouvel affichage…
« Dans un tournoi Overwatch, tous les PC sont préconfigurés de la même façon. Chez nous, chaque jeu demande un changement de console, de signal, parfois même d’encodeur. Et on n’a que dix minutes entre chaque run. »
En coulisse, deux opérateurs gèrent la régie technique pendant les trois jours de l’événement. Un véritable marathon pour eux aussi.
Commenter la vitesse
Commenter la vitesse
NoReset, c’est aussi une expérience vivante et commentée. Pendant les runs, des commentateurs accompagnent le public pour expliquer les techniques utilisées, les raccourcis, les exploits. Mais ce n’est pas tout : des bénévoles assurent aussi l’animation, la lecture des messages de dons et l’ambiance générale.
« On recrute les bénévoles pour différents rôles, et on offre même une formation à ceux qui veulent commenter. Souvent, les runners viennent avec leur propre commentateur, quelqu’un qui connaît le jeu et le joueur par cœur. »
Les styles varient : certaines runs sont traitées avec sérieux, d’autres adoptent un ton plus humoristique. Mais toutes participent à rendre l’expérience plus accessible, plus fun, et profondément communautaire.
En direct du salon : une scène accessible à tous
NoReset, c’est un événement que l’on peut vivre autant sur place qu’à distance. Chaque édition est diffusée en direct sur Twitch, avec une attention particulière portée à la qualité du stream. Pour ceux qui auraient manqué une run, les archives sont ensuite disponibles sur YouTube, permettant de revivre les meilleurs moments ou de découvrir de nouvelles techniques à tête reposée.
« On mise beaucoup sur la diffusion en ligne. Ça nous permet de rejoindre un public qui n’est pas sur place, mais aussi de faire rayonner la communauté à l’international. »
Le public visé est vaste, inclusif et bilingue. NoReset se veut accessible à tous, ouvert à des gens de tous les horizons, qu’ils soient gamers passionnés ou simples curieux.
« Le monde du speedrun peut sembler intimidant, mais en réalité, les runners sont très accueillants. Ce n’est pas juste une question d’être le meilleur, mais de partager, d’aider les autres à débuter. »
La langue des commentaires dépend d’ailleurs du runner : français ou anglais, selon les préférences. Ce choix permet à chacun de s’exprimer librement et de s’adresser naturellement à son public.

Depuis la pandémie, l’intérêt pour le speedrunning a connu un véritable essor. L’envie de se rassembler, de partager une passion commune, a redonné un second souffle à ce genre d’événement.
« Depuis la Covid, on sent une vraie croissance. Les gens veulent participer, vivre ça ensemble. Et ça se voit dans la taille et l’ampleur qu’a pris NoReset. »
Une communauté, bien plus qu’un jeu
Au cœur de NoReset, il y a une communauté. Vivante, engagée, accueillante. Ce sont des passionnés, des bénévoles, des joueurs et joueuses, qui rendent l’événement possible année après année.
« La communauté joue un rôle fondamental. C’est elle qui alimente la programmation, qui participe, qui fait vivre l’ambiance. Sans elle, il n’y aurait pas d’événement. »
Mais au-delà du plaisir de jouer, NoReset porte aussi une mission sociale. L’événement soutient la fondation Les Gardiens Virtuels, une initiative québécoise qui offre des ressources en santé mentale aux streamers et à leur public en ligne.
« C’est comme un service de travailleur de rue… mais sur Internet. Ils sont là pour les ados, les jeunes, ceux qui vivent des choses difficiles et qui n’osent pas aller chercher de l’aide dans la vraie vie. »
Un projet d’autant plus pertinent dans un contexte post-pandémique, où la santé mentale a été fragilisée, et où le lien émotionnel entre streamers et spectateurs peut devenir un véritable soutien affectif.
Mais ce qui fait la magie de NoReset, c’est aussi son ambiance unique. Loin des grands salons impersonnels, l’événement a su cultiver un climat familial, festif et détendu.
« C’est comme une grande gang de chums qui se retrouvent. On se parle, on se reconnaît d’une année à l’autre. On partage des souvenirs, des rires, des découvertes. »
Se déroulant dans un hôtel, l’événement fonctionne 24 heures sur 24 pendant les trois jours, avec la possibilité de loger sur place. Une formule rare dans le monde du gaming, qui transforme l’expérience en une véritable retraite geek immersive.

Le futur en accéléré
NoReset n’est pas qu’un événement ponctuel, c’est un projet en constante évolution. Chaque année, l’organisation cherche à améliorer l’expérience, que ce soit pour les visiteurs ou pour les joueurs.
« L’idée, c’est de faire mieux à chaque fois. Que ce soit au niveau de la production, des invités ou de l’accueil. On veut que les gens repartent avec le sourire et l’envie de revenir. »
La prochaine édition est déjà en préparation, prévue pour les 5, 6 et 7 septembre prochains, et s’annonce encore plus ambitieuse.
Quand on demande au fondateur s’il y a un jeu qu’il rêve de voir sur scène, il répond sans hésiter :
« Super Metroid… mais on l’a eu dès les premières années ! Maintenant, ce serait d’avoir Zoasty, mon speedrunner préféré, sur scène. Ce serait incroyable. »
Au-delà des rêves personnels, il voit un avenir prometteur pour la scène du speedrun au Québec. Une scène qui grandit, qui s’ouvre, et qui attire de plus en plus de curieux.
« On essaie de faire des événements accessibles, qui montrent que le speedrun, ce n’est pas juste être le meilleur, c’est aussi s’amuser. Le but, c’est de rendre ça plus inclusif, d’exposer les gens à cette réalité, même s’ils viennent pour autre chose. Et souvent, ça les inspire. »
Dans un monde où le gaming est parfois perçu comme solitaire ou compétitif, NoReset offre une autre voie : celle du partage, de l’entraide, du plaisir pur. Un lieu où la vitesse rencontre la passion. Et où chaque run, peu importe son niveau, devient une célébration.
Bonus level : mon expérience personnelle
J’ai moi-même eu la chance de participer à l’édition de mars de NoReset. Ce fut une première pour moi, et mon expérience en a été tout simplement mémorable. Dès mon arrivée, l’atmosphère conviviale m’a tout de suite plongé dans l’univers du speedrun. L’événement, bien organisé, offre bien plus que des performances impressionnantes : c’est un véritable lieu de rencontre où passionnés et curieux partagent des moments uniques.
Les runs sont incroyables, l’énergie dans la salle est palpable, et les bénévoles sont toujours là pour accueillir tout le monde avec le sourire. J’ai même pu expérimenter des jeux incroyables dont j’ignorais l’existence, mais sur lesquels j’ai finalement passé beaucoup de temps. J’ai même eu l’occasion de découvrir différents jeux de société en les essayant aux tables de jeux disponibles dans la salle même du speedrun, donc je ne manquais rien ! Une expérience immersive à ne pas manquer à mon avis.

En résumé
NoReset n’est pas seulement un événement de speedrun, c’est une véritable célébration de la passion, de la communauté et du partage. Avec une ambiance unique, des performances spectaculaires et une atmosphère chaleureuse, cet événement a su se faire une place de choix dans le cœur des passionnés de gaming.
Alors, que vous soyez un joueur aguerri ou un simple curieux, ne manquez pas la prochaine édition du 5 au 7 septembre prochain ! Venez vivre l’expérience en direct, rencontrer des joueurs inspirants et plonger dans l’univers fascinant du speedrun. À très vite sur la ligne de départ !


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